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Discussion
avec le libraire de la Librairie
Rodin sur le livre média par lecteurd.
Quand
j’entre cette librairie, un triangle isocèle baigné
de lumière quelque-chose comme de la sérénité saisit.
Certes je suis entourée de livres mais il en
manque.
Puis j'identifie la nature de ce manque : pas un seul ouvrage
d’actualité. Pas un seul bouquin d’homme politique, de
financier, de pétassouillon du show business ne trône
sur les présentoirs. J'y vois des livres d’avant. d’avant
le classement d’aujourd’hui, des livres du siècle
dernier, des livres qui ont dix ans d'âge.
On sent que le
libraire a opéré un choix son choix. Au même
moment je réalise être seule avec les livres du libraire
sans le libraire. Le maître des lieux arrive du café
d’en face. Pour savoir si on lit pareil je lui désigne un
roman primé : j'ai été déçu
pas de langue lui dis-je, il en convient et moi je suis soulagée.
On parle de la langue. De ce travail là. Il me dit boycotter
le livre d’actualité. Le livre-média ? je rétorque.
Oui c’est ça ! Et on opère une distinction entre le
livre média et le l’ouvrage.
Il
cite Philippe Claudel qui a écrit le Rapport de Brodeck
, ce type est un écrivain, il a un univers. Puis de concert
on fustige tous les écrivains de l’identité ethnique
fort à la mode. On est méchant.
Le libraire et moi on se comprend. Les gars
qui écrivent sur leur terre, leur patois, leur couleur, leur
ceci leur cela n'écrivent-ils pas sur leur leurre. L’identité n'est-ce pas aussi la possibilité
infinie du lien infinie à l’autre ? La certitude de son
quant à soi national n'est-elle pas effrayante. Une certitude
de pot chambre nauséabonde toujours prête à
recevoir les mêmes merdes racistes fussent –t-elles bien
écrites et bardées de soleils ethniques et exotiques.
Le livre produit revient sur la table de notre conversation celui que
les représentants cherchent à placer.
Le livre qui
plaît. La dictature de ce qui plaît la dictature de
l’ignorance. Le prochain livre produit 2008 m'informe-t-il c’est
le livre sur le suicide Bérégovoy. Les branches des arbres ont
parlé, les feuilles ont murmuré et un éditeur
qui s’y connaît en produit a tout recueilli dans le
sarcophage d’un bouquin.
Nous
sommes n’est-ce pas à l’ère Sarko-phage.
L'avidité
mortifère.
Je
lui souhaite longue vie à ce libraire, j’étais
heureuse de parler avec lui on a cherché à comprendre
pourquoi Milles plateaux était épuisé et
je suis repartie avec le livre de Thu Huong Duong : Terre
des Oublies
Juste
avant j’ai commandé pour mon fils La farce de Maître
Pathelin, l’ auteur est anonyme, comme ce libraire qui fait
œuvre de lecteur.
Exigeant attentif et critique.
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