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Les écrivains parlent des Editeurs
J’ai rencontré un éditeur
Par Ivan Sigg auteur, peintre, sculpteur.
 
Après dix années d’envoi à des éditeurs, mon premier manuscrit arrive dans les mains de Bernard Barrault, directeur de Julliard. Rencontre avec un homme formidable, un accoucheur de texte, un grand éditeur. « Voilà ce que j’appelle une écriture. Si vous êtes d’accord, on change le titre (« Alors y m’dit » devient « L’annonce faite à Joseph »), on supprime les deux premiers chapitres qui alourdissent et dévoilent inutilement le roman et je le publie ». Bingo !
Au premier déjeuner, ce grizzly vouté aux sourcils broussailleux, énnonce sa devise : « Je n’aime pas les auteurs, je n’aime pas les livres, je suis juste un amoureux de la lecture depuis l’âge de six ans. Le style, rien d’autre que le style. »

Pour « La Touffe Sublime » mon deuxième roman (essai romancé sur l’art) chaque rencontre avec Barrault commence par : « Et si vous me racontiez votre roman ! » Pour la nième fois je raconte et découvre que mon texte a mûri. Invariablement il achève le rendez-vous par un « C’est passionnant, mais ça n’est pas dans votre roman », et je repars écrire de plus belle ce qui vient de se révéler sur ma langue ahurie. Le jour où il comprend que je ne peux aller plus loin, il publie. Yehaaa !

Pour mon troisième roman, « l’île du toupet » (une fiction fantastique) ces aller-retours vont durer trois ans. Jamais Barrault ne s’autorise à juger ou toucher le style « J’ai essayé de mille manières, ça résiste à tout intrusion, même à la lecture parfois ». Il s’enregistre, lisant mon texte, sur des cassettes qu’il me transmet pour pouvoir mieux pointer ses incompréhensions, les aspérités, les longueurs, les engluements. Je vais très loin dans le travail (nous parlons de Rabelais, de Joyce, de politique, d’art contemporain) mais je ne le convaincs pas et il refuse mon manuscrit tout en disant « Continuez à écrire comme cela, ne changez rien à votre style. La plupart des auteurs sont dans le pas assez et le manque d’humour. Vous, c’est le contraire. Vous êtes à part pour cela. Vous êtes dans le trop, dans l’invention permanente, dans la verve. Il n’y a plus de lectorat pour la complexité aujourd’hui. Nous sommes hélas dans une époque lisse. Nous lisons et publions du lisse. Nous irions dans le mur tous les deux à publier cet OVNI»

Aujourd’hui ce troisième roman est en traduction pour aller, par le biais d’agents littéraires, à la rencontre des imaginaires et de l’humour social-déjanté des publics irlandais, anglais, américain et pourquoi pas japonais.

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